Partager l'article ! "Mettre en sommeil l'austérité" par Benoît Hamon et Liêm Hoang-Ngoc: Après cet été meurtrier, le FMI et la Commission ...
Après cet été meurtrier, le FMI et la Commission
européenne viennent confirmer que la recapitalisation des banques était à l'ordre du jour. Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, a indiqué qu'elle transiterait vraisemblablement par des aides publiques, compte tenu des difficultés rencontrées par les banques pour
lever des fonds propres en Bourse. Une réunion aurait eu lieu à l'Elysée en présence de patrons de grandes banques. Espérons que ces recapitalisations annoncées, combinées à la nécessité de
soutenir à nouveau les économies face à la récession qui s'installe, vont conduire pragmatiquement les gouvernements à mettre en sommeil les politiques de «consolidation budgétaire» qui sont en
passe de mener le monde à la catastrophe.
Après le retrait des timides mesures de relances qui avaient permis d'amorcer une reprise, la conjoncture s'est logiquement dégradée au deuxième trimestre parce que les Etats ont sur-réagi à la
pression des agences de notation, en accentuant les politiques qui sont à l'origine de la crise. Partout, les prévisions de croissance sont revues à la baisse pour 2011 et 2012. Une perspective
de croissance dans la zone euro pour 2012 située entre 0,5 et 1,5 ne laisse aucun espoir aux Etats membres d'atteindre l'objectif de 3% de déficit en 2013. Un cercle vicieux est en passe de
s'installer, où les risques de défaut de paiement, liés à la chute des rentrées fiscales en mauvaise conjoncture, aboutiraient à la dégradation de la note de certains pays, qui seraient condamnés
à se financer à des taux excessivement élevés, aggravant leurs difficultés financières.
C'est précisément ce que craignent les marchés, où les valeurs bancaires sont attaquées parce qu'elles sont les premières détentrices de dette souveraine. Les banques européennes sont exposées à
hauteur de 459 milliards de dollars aux dettes souveraines grecques, italiennes et espagnoles. En France, les fonds propres de certaines banques ont fondu de plus de 60% entre juillet et
septembre 2011. Certaines auront bientôt du mal à emprunter sur le marché interbancaire où les taux vont se tendre, compte tenu de la méfiance réciproque des banques les unes envers le bilan des
autres. D'ores et déjà, les surliquidités dont disposent certaines d'entre elles sont directement déposées à la BCE. Elles n'alimentent plus le marché interbancaire. La hausse des taux
interbancaires se répercutera sur le coût du crédit octroyé par les banques aux particuliers et aux entreprises. Confrontées à des fonds propres insuffisants et tenues par la perspective des
exigences de Bâle III, les banques accorderont moins de crédits et à des taux plus élevés. L'entrée en récession de l'économie américaine finirait par noircir définitivement le tableau.
Dans ces conditions, la recapitalisation des banques et le soutien à l'économie seront les priorités de la majorité issue des urnes au printemps prochain. Ces deux objectifs doivent
primer sur la réduction comptable des déficits, qui interviendra lorsque la reprise sera amorcée, puis consolidée. Le choix orthodoxe défendu par François Hollande ou Manuel Valls nous
éloigne des orientations définies collectivement par les socialistes.
Nous pensons, contrairement à eux, qu'à règles du jeu économique identiques, à politiques budgétaire et monétaire constantes, il est impossible de sortir de la crise sans reconnaître que la
gauche poursuivra le recul des services publics et de la Sécurité sociale. Un comble pour un PS qui prétend tourner la page et changer les politiques.
Au contraire, la politique économique que nous défendons avec Martine Aubry doit être l'occasion d'innover, en matière d'instruments de financement des politiques publiques, et d'exiger enfin
des banques les contreparties oubliées en 2007: séparation des activités de dépôt et d'affaire, interdiction des CDS sur les dettes souveraines, interdiction des ventes à découvert sur les
opérations non commerciales, encadrement de la titrisation, encadrement des bonus, réduction des frais bancaires, création d'une banque nationale d'investissement.
Nécessaire pour consolider le solde structurel de l'Etat, la réforme fiscale de la gauche devra être complétée par des emprunts productifs. Parce que les banques, détentrices des dettes
publiques, appelleront les Etats à leur secours, elles ne seront certainement pas en mesure d'exiger des primes de risque incongrues. De surcroît, la recapitalisation équivaut en partie à une
restructuration de la dette, voire à une annulation partielle puisque les Etats récupèreront les créances que les banques privées détenaient sur eux. L'occasion doit aussi être saisie pour
développer des mécanismes européens de solidarité, permettant de mutualiser les dettes et d'alléger le fardeau de pays dont l'impératif est de disposer de ressources nécessaires pour améliorer
leur compétitivité.
A cet effet, les missions du Fonds européen de stabilité financière doivent être étendues. Celui-ci doit pouvoir recapitaliser les banques, notamment celles qui participeraient à la
restructuration de la dette grecque. Le FESF doit pouvoir émettre des euro-obligations pour mobiliser l'épargne excédentaire, et l'affecter aux dépenses d'investissement des Etats membres. Pour
prévenir d'éventuelles tensions sur les taux de ces euro-obligations, la banque centrale elle-même doit être autorisée à les racheter. L'épargne ainsi mobilisée à coût raisonnable pour les
finances publiques pourra alors alimenter les fonds structurels du budget communautaire, ou financer directement les budgets nationaux dont l'orientation doit pouvoir faire l'objet de choix
démocratiques. En particulier, le choix de préparer l'avenir par l'investissement public doit être permis. C'est pourquoi les socialistes européens proposeront dans chaque pays, au Conseil
européen et au Parlement, d'exclure les dépenses d'investissement du calcul des déficits. Réduire les déficits oui, mais sans sacrifier l'avenir, car les investissements d'aujourd'hui sont les
emplois de demain et le désendettement d'après demain.
Mandataire départementale d'"un monde d'avance" :
Martine Chantecaille